Middle of Nowhere Productions

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A propos de Mathilde Papapietro, septembre 2000.

Toutes les autres présentaient quelque ressemblance avec des caractères alphabétiques, et Peters était prêt, contre vents et marées, à soutenir vainement qu'elles en étaient en fait.

Edgar Allan Poe, Les aventures d'Arthur Gordon Pym de Nantucket.

 

 

 

La nature écrit, c'est une évidence. Des crayonnages flous que les herbes découpent sur un lit de neige fraîche aux mystérieuses épigraphies rupestres décrites par l'Arthur Gordon Pym de Poe, tout mène à penser que nos écrits ne sont qu'une mimésis intelligente, et que le land art n'est à tout prendre qu'un tribut rendu à ce qu'on pourrait nommer le géographisme. L'étymologie, science des racines, lie de façon indissoluble l'écrit au végétal; c'est ainsi que le bouleau, bok, est à l'origine de book, parce que les textes runiques étaient au départ gravés sur des planchettes de bois; par ailleurs, les runes anglo-saxonnes comptent six noms d'arbres: aubépine, if, carex, bouleau, chêne, frêne. L'alphabet ogamique est encore plus révélateur de cette parenté du végétal et de l'écrit, car les noms des lettres de l'ogam sont tous des noms d'arbres ou d'arbustes.

Mathilde Papapietro suit à la lettre cette trace étymologique et se contente, en femme qu'elle est, d'une économie de cueillette, substituant à la trace écrite l'instrument qui aurait pu la produire. Elle écrit, certes, avec des végétaux, mais c'est l'objet soi-même qui constitue le trait; elle préfère au rouleau de papyrus la courbe déliée de sa feuille sèche et à l'empreinte du roseau le plein de sa tige. Plus que des idéogrammes, ce sont des idéograminées qu'elle assemble. Si le langage, et encore davantage l'écriture se définissent par l'arbitraire, nous sommes ici aux sources, bien avant même l'alpha reproduisant la tête d'un bœuf, parce que, précisément, il s'agit de cueillette et d'économie primitive.

J'ai personnellement coutume de rechercher ces écrits primordiaux dans le poli imparfait des galets et les stries qui les parcourent, mais je ne suis qu'un homme, de ceux qui, en bon chasseurs, ne reproduisaient que de la viande sur les parois des cavernes. En revanche, le message qui est proposé ici a la légèreté du vent, qui modifie sans cesse la grammaire des herbes, et il est tout simplement féminin. C'est une gestuelle d'abeille, une trajectoire de fourmi, un signe d'air et il n'invite qu'à être compris comme tel.

 

 

Nature does write. From those blurred pencil strokes traced by grass stalks on a fresh fall of snow to the mysterious rock epigraphies described by Poe's Arthur Gordon Pym, everything inclines to think that our own writings are but an intelligent mimesis, and that Land Art is, at its best, some tribute paid to what could be called geo-graphics.

Etymology, the science of roots, indissolubly links writing to plant; thus, birch lies at the origin of book, because ancient runic texts were etched on slabs of birch. Furthermore, anglo-saxon runes comprise no less than six names of trees as names of letters: hawthorn, yew, carex, birch, oak and ash. The oghamic alphabet is even more revealing, as all the names of its letters are names of trees or shrubs.

Mathilde Papapietro follows the etymological track by the letter, and satisfies herself with gathering economy, substituting to the written trace the instrument which could have produced it. She does write with parts of plants, but it is the object itself which is the stroke; she prefers the delicately curled line of the papyrus leaf to the papyrus scroll and the straight body of the reed to its inky trace. More than ideograms, she assembles ideograminae, and if one of the main features of language and writing is the arbitrary, we find ourselves at the very sources, way before the alpha which reproduces an ox's head, because, precisely, what is at stake here is gathering and primitive economy.

I am personally used to looking for those primeval writings in the imperfect gloss of pebbles and in the grooves that corrugate their surfaces, but I am just a man, one of those desperate hunters who painted images of meat on the walls of caves. The message proposed by Mathilde is something of a breeze, which modifies the grammar of grass over and over again, and it is simply feminine. It is the dance of a bee, the route of an ant, a sign of air, and it only invites to be understood at such.



16/10/2018
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