Middle of Nowhere Productions

Middle of Nowhere Productions

A propos de Danièle Orcier, mars 1999

A propos de Danièle Orcier, mars 1999.

 

 

 

 

     Sous les pavés, la plage.

 

 

 

 

Ce que j'aperçois immédiatement dans ces quelques runes éparpillées sur la table, mais que j'imagine posées à même le sol, comme un pavage incertain, c'est le paradoxe d'une démarche qui relève à la fois de l'addition et de la soustraction, de la peinture et de la sculpture classiques.

 

Cependant, paradoxalement, tout paradoxe est cohérent. Je contemple cette représentation floue de la lunaison, dans laquelle je peux lire un geste vague de marées, déposant sur la plage sable et algues, puis les en arrachant au gré de son propre ressac. Le cycle de l'érosion et de la sédimentation s'y déploie, modifiant le paysage à chaque lune nouvelle, chaque équinoxe aussi.

 

She was, after all, in close harmony with lunar rhythms, and that which wanes must wax.[1]

 

C'est un jeu de cartes, un jeu de piste, le regard toujours interrogé par une lame illisible, posé sur la crête vive d'une suture, d'une cicatrice, dans les zones littorales où le geste s'interrompt pour recommencer. Croître et décroître, aller et venir, s'éclairer, s'assombrir, et la couleur sourd aux failles de cette scansion primaire comme un sang menstruel aux bornes du hasard, et la réponse est là, insaisissable dans l'espace infime qui en marque les limites.

 

Il me semble qu'à coller mon oreille aux vides de cette plage je pourrais entendre la mer, tout comme il me semble voir au mur des spectrogrammes de voix diverses, les éléments recollés d'une acoustique visuelle dont j'ignore le bruit véritable. Et j'apprends encore une fois que toute peinture ne me donne à voir que ce que je ne peux voir.

 

 

 



[1] Tom Robbins: Still Life with Woodpecker, Bantam, New York, 1994.



16/10/2018
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